Temps de lecture estimé : 7 minutes
En bref
- Le contexte. Piloter seul un site de quatre-vingts pages, et le relâchement qui finit toujours par arriver.
- Le problème. Une IA sait rédiger et challenger, mais elle ne retient rien d’une fois sur l’autre et ne touche à aucun outil. Il manque la mémoire et la main.
- La réponse. Un cerveau qui décide, des connaissances qui disent ce qui est vrai, des compétences qui disent comment on fait, une main qui exécute. Sans une ligne de code.
- Le contrôle. Celui qui décide n’exécute pas. Chaque action passe par un ordre de travail relu, et chaque exécution rend un compte rendu qui améliore le système.
Une précision avant de démarrer. Je suis Vincent Stival, directeur associé d’Appy Makers. Je ne suis ni responsable SI, ni expert en intelligence artificielle : ces deux rôles existent dans l’équipe, et ce n’est pas moi.
C’est l’un des rares articles de ce site écrit à la première personne, et c’est volontaire. Ce qui suit, je l’ai construit et je le pilote moi-même, sans être technique. C’est la meilleure façon de vous faire mesurer la distance entre vous et ce qui est possible aujourd’hui.
Je pilote le site sur lequel vous lisez cet article.
Trois pages et un formulaire de contact suffisent à certaines structures. Ici c’est un travail continu. Pour apparaître dans les moteurs de recherche, et désormais dans les réponses des IA, il faut une stratégie éditoriale : des articles écrits pour des mots clés précis, des liens entre eux pour que le lecteur poursuive sa lecture au lieu de repartir. Quatre-vingts pages à tenir, des mises à jour, des corrections, des décisions prises en chemin.
Seul, on commence propre. Puis ça dérape. La mémoire baisse, les exigences baissent, on refait des erreurs vieilles de six mois.
Ce qui suit est le raisonnement qui a arrêté ce dérapage. Aucune ligne de code, aucun outil de développeur. Nous travaillons avec Claude, la logique vaut pour n’importe quelle IA.
Ce qui marchait déjà, et les deux irritants
Écrire un article avec une IA, challenger une idée, construire une page ensemble : tout cela marche tout de suite, sans rien installer. Ce n’est pas le sujet.
Deux choses bloquaient derrière.
Rien ne se retient. Chaque conversation repartait de zéro. Les modifications de la semaine précédente, les règles qu’on s’était données, les pièges à ne pas reproduire : tout vivait dans ma tête, et ma tête oublie.
La partie manuelle restait entière. Texte validé, il fallait encore ouvrir l’administration du site, créer la page, redimensionner les images, coller le corps, appliquer la charte, vérifier. C’est là que partait l’essentiel du temps.
Il manquait la mémoire et la main.
La mémoire d’un agent IA, deux choses distinctes
Les connaissances : ce qui est vrai chez moi aujourd’hui. Quelles pages existent, quelle décision a été prise sur l’une d’elles et pourquoi, ce qui reste ouvert. Ça change en permanence.
Les compétences : comment on fait. Déposer une image au bon format, publier sans casser la mise en page, contourner le champ qui efface le texte. Ça ne bouge presque jamais.
Deux tiroirs séparés. Une information appartient à l’un ou à l’autre, jamais aux deux.
Une astuce devient une compétence à la troisième occurrence, et l’IA la relit avant d’agir. Trois, parce que deux fois peut être une coïncidence.
Avant les outils, une question à trancher
Tout ce qui suit donne à une IA un accès en écriture à des espaces de travail et à l’administration d’un site. Beaucoup d’organisations ne l’autorisent pas, et c’est légitime.
La question n’est pas l’outil, c’est qui a le droit d’écrire où. Elle se tranche avec la DSI avant de commencer. Plusieurs chemins mènent au même résultat, y compris en environnement très encadré.
Les outils retenus : Notion pour la mémoire, Claude dans Chrome pour la main
Notion, pour la mémoire. J’y ai créé un espace dédié au site. Son arborescence est écrite noir sur blanc, et chaque information n’y a qu’une seule place possible, selon sa nature. Le connecteur se branche en quelques minutes, sans compétence technique. À chaque ouverture de conversation, Claude y lit la structure du site, ce qui reste à faire, le journal des modifications. En fin de séance, il y écrit ce qu’on vient d’apprendre.
Claude dans Chrome, pour la main. Une extension de navigateur : l’IA voit la page ouverte et agit dessus, en cliquant et en saisissant. C’est elle qui va dans l’administration du site.
Ce que ça change : un cerveau, des connaissances, des compétences, une main
Quatre choses au lieu d’une.
Un cerveau, la fonction projet de Claude, qui centralise les conversations et les règles. C’est là que j’arrive avec un nouveau sujet : on discute, on challenge, on arbitre le mot clé.
Des connaissances, dans Notion, relues à chaque ouverture de conversation.
Des compétences, des tutoriels maison que l’IA relit d’elle-même quand la tâche les concerne : déposer une image au bon format, publier sans casser la mise en page.
Une main, Claude dans Chrome, qui exécute dans l’administration du site.
Une journée type, du cerveau à la main
La séquence est toujours la même, en cinq temps.
- J’ouvre une conversation dans le projet. On challenge l’idée, on arbitre le mot clé, on écrit, je valide le texte.
- Le cerveau me rend un ordre de travail : l’objectif, les contraintes, et comment vérifier que c’est réussi. Je le relis avant de l’envoyer.
- Je le colle dans Claude dans Chrome, ce qui ouvre une conversation neuve. Elle exécute dans l’administration du site : création de la page, images, mise en forme. Neuve, elle n’a pas quarante échanges éditoriaux derrière elle, donc elle ne se disperse pas, et il lui arrive de relever ce que la précédente n’avait pas vu.
- Elle me rend un compte rendu en trois points : ce qui a résisté, ce qui s’est écarté de la consigne et pourquoi, ce qu’elle en retient.
- Je consigne dans Notion ce qui a changé sur le site, ce qui reste ouvert, ce qu’on a appris.
Les étapes 2 et 3 sont le cœur du dispositif : le cerveau décide, la main exécute, et je suis le pont entre les deux. Ça me coûte un copier-coller, ça me donne un droit de veto sur chaque action qui touche le site.
L’étape 4 est ce qui fait progresser le système. C’est elle qui révèle les pièges, parce que la main signale son écart au lieu de le rattraper en silence.
Une limite, apprise à mes dépens : seul le dernier message envoyé arrive vraiment. Si je réponds « c’est bon, vas-y », les décisions prises juste avant ne suivent pas, et la main applique les siennes. Je les réécris donc dans le message qui valide.
Demain : jusqu’où automatiser
Cet agent est simple à monter et garde un contrôle humain sur toutes les opérations. On peut le faire tourner seul, beaucoup l’ont déjà fait.
Nous préférons itérer : tester à chaque phase critique, et pousser d’un cran quand c’est validé. Le critère n’est pas la difficulté du geste mais le coût de l’erreur.
L’automatisation classique, celle qui enchaîne des tâches prévisibles, garde tout son intérêt ailleurs, et c’est un autre sujet que ce que l’IA générative ajoute à l’automatisation.
Dans six à douze mois j’irai plus loin. Je ne sais pas encore jusqu’où.
Le raisonnement se transpose à n’importe quel sujet piloté seul. Nous le mettons en place chez nos clients, dans nos missions de digital factory, sur des périmètres qui n’ont rien à voir avec un site web.
Petit glossaire
- Cerveau. La conversation qui détient le contexte, arbitre et décide. Elle ne touche à rien.
- Connaissances. Ce qui est vrai aujourd’hui : les pages, les décisions prises, ce qui reste à faire. Ça change tout le temps.
- Compétences. Comment on fait : les marches à suivre et les pièges connus, écrits une fois pour toutes. Ça ne bouge presque pas.
- Main. L’IA qui exécute réellement dans les outils, sans rien décider.
- Ordre de travail. Le texte que le cerveau produit et que la main exécute. Il dit l’objectif, les contraintes, et comment vérifier que c’est réussi.
- Retour d’expérience. Le compte rendu que rend la main après chaque action. C’est ce qui alimente les compétences.
Questions fréquentes
- Faut-il savoir coder pour mettre en place un agent IA ?
- Non. Ce dispositif ne contient aucune ligne de code et n’utilise aucun outil de développeur. Ce qu’il demande, c’est d’écrire clairement ce qu’on veut, où l’information est rangée, et comment on vérifie qu’une action a réussi. La compétence requise est de la rigueur, pas de la technique.
- Quelle différence entre un agent IA et une simple conversation avec une IA ?
- Une conversation produit du texte et oublie tout à la fermeture. Un agent garde une mémoire entre les sessions, connaît les procédures de la maison, et peut agir dans des outils. C’est cette combinaison qui transforme une aide à la rédaction en travail livré.
- Où stocker la mémoire d’un agent IA ?
- Dans un espace de travail que l’IA peut lire et écrire, et qu’un humain peut ouvrir et corriger. J’utilise Notion, dont le connecteur se branche en quelques minutes. Un espace partagé d’entreprise ou une base documentaire font le même travail. Ce qui compte n’est pas l’outil, c’est que la mémoire soit rangée selon une règle stable.
- L’agent peut-il publier tout seul ?
- Techniquement oui. Chez nous non, et c’est un choix. Chaque action qui touche le site passe par un ordre de travail que je relis. C’est la même prudence que pour le code généré par IA, où la vitesse ne vaut rien sans vérification.
- Est-ce que ça fonctionne avec une autre IA que Claude ?
- Oui. Le raisonnement ne dépend pas du modèle : il lui faut un endroit pour la mémoire, un endroit pour les procédures, et un moyen d’agir dans les outils. Les noms changent, la logique tient.
Crédit photo : Google DeepMind sur Pexels


